— Je représente le procureur de la République.
Cobral n’écoute pas. On jurerait qu’il n’écoute pas. A peine si un discret soupir d’impatience prouve son désir d’être loin. Et en somme, il est plus docile que la plupart des bonnes gens obligés de faire antichambre ou de subir un questionnaire administratif.
L’agent fait entrer Sainte dans le cabinet.
— Bonjour Sainte, dit Cobral. Je comprends de quoi il s’agit. C’est l’affaire du Trocadéro.
Kennedy, de la main, l’invite au silence.
— Je vous demanderai de parler dans un moment.
Sainte est pâle. Elle a dépensé beaucoup d’enthousiasme pour ce dévouement dramatique. A présent elle est hors de nous, semble-t-il, et le bonjour de ses yeux était distrait. Comme si elle ne nous voyait pas. Comme si elle voyait autre chose. Comme si elle avait un visage unique en face du sien.
Je demande à Kennedy :
— Mademoiselle n’est pas inculpée ?
— Non. J’ai besoin qu’elle témoigne de ce qu’elle sait. Car elle est venue si brusquement et elle a parlé si vite…