Je voulais ne pas voir l’heure. Un cadran s’est trouvé malgré moi au bout de mon regard. L’heure est marquée. L’heure du départ de Nanni. Quand serons-nous au Bourget ?

Dans la rue d’Anjou, nous courons. Je ne songeais pas à l’auto blanche.

— Vite, rue Cambon.

Nous courons. Comme c’est loin ! Pas un taxi ne passe. La nuit est presque complète dans les rues où nous nous jetons. Ce n’est pas cette rue. Que sais-je ? Dans quel quartier allons-nous ? Je vais oublier le nom de la rue si je ne la trouve pas.

Sainte est haletante. Elle murmure dans une plainte convulsive :

— Je viens ! Je viens !

Nous courons. Des gens nous heurtent. Je fais un faux pas. Je perds mon chapeau. Sainte tombe. La rue Cambon enfin. Je vous assure que c’est la rue la plus longue de Paris. C’est une rue immense.

— Je viens ! Je viens !

Elle y sera. Il faut qu’elle arrive à temps. C’est l’heure. Oui, c’est l’heure, bien entendu. Mais un départ d’avion n’est pas réglé à la seconde comme un horaire de chemins de fer. Nous arriverons. Elle arrivera. Dieu ! cette rue n’a-t-elle donc pas de fin ?

— Je viens ! Je viens !