Je ris tout de même.

Il me regarde avec ses mêmes yeux intolérables. Il ne me gêne plus et je ris. Et je parle. Et je suis très content. Rien n’est voluptueux comme de s’éveiller tout à fait matin. C’est une joie.

— J’ai bien soif, mon cher.

A qui ai-je dit « mon cher » ? Je ne sais pas. Je sais que j’ai envie de rire et j’ai envie qu’il fasse jour. C’est tout ce que je sais.

Et il va faire jour. Les rideaux safran de la fenêtre prennent des tons vagues de vieille soie. Une buée d’aurore pauvre met du blanc derrière les fenêtres. J’aimerais que cela se fasse rapidement, et que ces lampes soient éteintes, et qu’on marche sur une route d’où l’on verrait des prairies.

Je ris. Je rêve. Cobral bafre toujours. Il est probable que je mange et que je bois encore. C’est trop laid : je n’en parlerai pas.

Qui est celui-ci ?

Nous sommes trois dans cette chambre. Je n’ai entendu aucun pas, aucun bavardage de serrure ou de porte, et un homme est entré.

— Bonjour, dit Cobral, qui ne se dérange pas.

L’homme lui serre la main et me sourit.