Je lui prends les mains, puisque je le connais et que je ne connais plus son nom.

— C’est lui, dit Cobral en me désignant.

L’homme est joyeux à ces mots. Il pose sa droite sur mon épaule et sourit de nouveau avec un charme déjà amical.

Cobral rit et me dit, en clignant vers l’inconnu :

— C’est lui.

Qu’est-ce que je fais là, moi ?

Sept heures.

— Vous n’êtes pas surpris de me voir ? dit l’inconnu.

Il a une voix moelleuse avec des heurts métalliques, une voix toute semblable à son regard, qui est tendre et dur comme celui d’un oriental légendaire. Des yeux fauves, des yeux généreux où passent des lueurs vives d’orgueil, de ces yeux gris qui semblent noirs et qui veulent donner beaucoup. Mais de ces yeux qui prennent tout.

— J’ai été si malade, soupire-t-il. Pauvre Nanni qui se mêle de souffrance et d’incapacité au moment où les autres vont agir. L’important est que mes deux ans de chambre close soient terminés et que je sois mêlé au bouleversement. Je viens bien tard. Non, pas si tard, puisque, après trois semaines de recherches j’ai trouvé la clef de l’issue. Aujourd’hui, ce soir, dans un moment, ce sera la plus grande heure du monde.