Cobral pousse une porte basse. Nous voilà dans le champ. Les pluies récentes ont laissé des flaques de boue que le brouillard tiède entretient.

Nanni a son fier sourire maintenant. Moins franc qu’à sa venue, un sourire mince de savant, un sourire qui se tait. Il pense. Il parle. Ce sont deux actes sans communion. Il ne pense pas à ce qu’il dit. C’est curieux. Tous ces mots sont des prétextes à de petits drames. Ceux de Cobral aussi. Et moi, ne suis-je pas tout un drame parmi ces drames ?

La boue jaillit sur bottines et bottes.

— Vous pensez au dégel, Nanni ? crie Cobral toujours en avant et qui se retourne…

— Le dégel ? ricane l’autre… ah ! ah ! oui le beau dégel décoré d’ornières magnifiques… Quels canons ont passé là ?

Il s’arrête et, grave, murmure :

— Le dernier canon… voir passer le dernier canon pour la dernière fois… et que ce soit la fin de ces rudesses…

Nous repartons. Il s’arrête encore :

— Le dernier héros… voilà… le dernier… On vient de voir trop de héros… c’est certain… trop de héros… Il faut des hommes maintenant…

Il se prend la tête à deux mains :