— Pensée qui ordonne… pensée de bonheur et de calme… ah, mon ami, quel printemps régnera désormais dans l’âme du monde !… Et c’est nous… nous trois… Je l’ai tant rêvé !… J’ai été malade d’ambition… c’était trop lourd le poids de ce désir… j’ai été très mal… très mal, vous le savez… et tenez, je voudrais… écoutez… c’est tout simple ce que je vais faire… si… si… puéril… normal… et cela paraîtra géant… disons héroïque… supposez : héroïque… alors je voudrais, je veux bien être un héros… un héros… le dernier… mais je serai le premier homme… C’est pourquoi je veux en revenir, pour voir… pour être… vous comprenez… pour être… pour être…
Il fronce les sourcils :
— Je veux revenir pour être oublié… Qu’on ne sache pas dans l’avenir qui je suis… Les autres, les anciens, les héros des temps héroïques, ne les oubliez pas. Oubliez Ugo Nanni… Ce n’est pas un héros… Ce n’est plus un héros… C’est un homme… Et tous les hommes ne sont que des hommes… Il le faut… venez… il le faut, il le faut…
Cobral nous a devancés de plusieurs centaines de mètres. Je le vois disparaître derrière un hangar monumental.
— C’est là, indique Nanni, je suis content de vous le montrer. Demain, au retour, on le détruira. Vous verrez…
Et il ajoute confidentiellement :
— Couvrez-vous, et d’importance… cette nuit… Vous ne savez pas comme il fait froid… Couvrez votre tête… vos oreilles… Moi, je ne peux pas… j’ai trop d’agitation dans le cerveau… comme si ma tête flambait… je crois, d’honneur, que ma tête flambe… C’est ce qui me fait aller dans le vent… ne pensez-vous pas que le vent attise la flamme… J’ai peut-être un panache de feu là-haut… là-haut…
Il se hâte et m’entraîne. Je me plais infiniment avec ce garçon incompréhensible. L’énigme trépidante de ses paroles me saoule comme un vin trop neuf. Je suis persuadé qu’il prépare des audaces terrifiantes. Tout, de lui, me sera naturel et sympathique. Même d’être victime de ses outrances.
Voici le hangar.
Voici Cobral.