Voici l’aigle.

Pourquoi ai-je pensé ce mot : « l’aigle ! » Je suis devant un biplan, un classique et énorme biplan, avec cet échafaudage d’ailes qui évoque un transport à deux ponts. Pourquoi « l’aigle » ? Le journalisme a popularisé le cliché de « l’oiseau » que nos reporters emploient à pleins tiroirs pour poétiser — ou alors, pour quel insuffisant synonymat ! — l’aéroplane. Et ce biplan mathématique et exact n’autorise même pas le pauvre travestissement du mot, puisqu’il est posé, sans envol, sur ce coin de terre comme un théorème sur le tableau noir.

« L’aigle. » J’ai pensé aux ailes festonnées des aviatiks. Et ainsi, c’est ainsi, j’ai toujours eu cette faiblesse de disserter mentalement sur les exclamations intérieures qui me semblent intempestives.

— Ho ! Nanni, qu’est cela ?

Je regarde quatre cartouches tricolores peints sur chacune des quatre ailes tendues. Les avions français portent toujours ces cocardes nationales, mais il n’y a point de lettre à l’ordinaire. Qu’est-ce que ces lettres ?

Nanni, qui allait vers l’appareil, revient.

— Que demandez-vous, ami ?

Le vent qui s’est levé remue doucement quelques mèches de sa chevelure. Il en a le front obscurci. Son menton de chef est plus volontaire que ses yeux, qui semblent commander pourtant. Il a sa voix chaude, nette, rapide aussi.

— Que demandez-vous ?

— Ça… qu’est-ce que cela ?… il y a des lettres sur les ailes… pourquoi cette lettre ?… pourquoi cette lettre quatre fois ?