Pretty nous fait un sourire. Elle a retapé sa coiffure et s’est inondée de poudre. Elle est armée de pied en cap. Pourtant je ne conçois pas qu’elle nous reçoive si familièrement.

Mais comme si elle me devinait :

— Je crois que ma classique pudeur est très en déroute ce matin… Tant pis pour moi, je n’ai pas le courage de rester debout à ces heures sensationnelles. Asseyez-vous… Prenez ce fauteuil, Nanni, et approchez.

Elle lui rit fraternellement.

Il s’oblige à sourire. Il y réussit. On dirait de ces sourires peints sur marionnettes ou sur ces figures, dans les foires, qui sont aux boutiques dites « Massacres ».

— Que me veut-on ?… Fumez si cela vous amuse… Ce me sera agréable…

Cobral parle :

— Pourquoi ne jouez-vous rien actuellement ?… je sais, je sais… la guerre… eh bien c’est la raison de faire de la belle besogne… vous ne trouvez pas que « ceux qui restent » abusent du café-concert et de la revue à petit spectacle… triste, triste… Donnez-leur des chefs-d’œuvre… c’est-à-dire vous-même… assez de femelleries…

Pourquoi ces banalités ?

Mais il les distille subtilement. Il flatte. A la réflexion la flatterie est grossière, mais il la détaille en grand acteur. Pretty n’a pas du tout l’air de l’entendre. Elle est dans le ravissement. Petite Pretty, qui aime renier ses anciennes idoles, quand on l’y invite adroitement.