Idoles, non, je ne peux dire qu’elle ait eu pour idoles ses buts oubliés et son répertoire de début. Pretty Pray n’est pas une vieille dame ; mais elle a vingt-quatre ans et, depuis six ans, elle a vu bien des choses. Elle a débuté dans une bonbonnière, où l’on affichait des polissonneries. Elle passait pour Anglaise. Il est vrai qu’elle est née à Cricquebœuf et qu’elle est blonde. Elle a travaillé ensuite la tragédie racinienne au Conservatoire. Impatiente d’attendre des prix et des récompenses, elle est revenue aux légèretés, et le music-hall a connu des sketches où elle chantait et dansait intrépidement. Mais je ne vous conterai pas sa carrière. Vous la connaissez mieux que moi. Un jour, le hasard l’a jetée dans les bras d’un faiseur de drames littéraires et, souple comme un courtisan, elle a saisi en un tour de main des intentions et des idées que ne lui avait pas apprises son début sans envergure. C’est depuis ce temps-là qu’elle aime être appelée Sainte par ses amis. Je la soupçonne de haïr son nom réel de Pretty Pray, qui est un peu badin pour cette amie des poèmes sérieux et des comédies pathétiques.
J’aime bien l’appeler Sainte.
Si elle l’osait, elle se ferait afficher sous ce nom quand elle joue.
— Vous êtes très attachant, Cobral, mais je ne pense pas que vous me jetiez à bas du lit pour me parler du théâtre à venir et de la moralité des civils, n’est-ce pas ?
Un rayon de soleil coule par la fenêtre. Un soleil convalescent.
Je n’aime pas qu’elle parle à Cobral comme à un ami. Où se sont-ils vus ? Je croyais connaître la vie de Sainte, et je l’ai vue assez souvent ces dernières semaines pour savoir quels sont tous ses amis actuels. Je suis un sot, voilà. Comme si, après les plus généreuses confidences de n’importe quelle femme, il ne convenait pas de se demander : « Quelles choses importantes m’a-t-elle cachées ? »
Trop souvent, Sainte m’a dit : « Je n’ai pas de secrets pour vous. » Elle a dû me taire les plus beaux détails, avec délices.
Cobral abuse de ses éclats de rire. Il sera bientôt visible pour tous que c’est de l’imitation.
— Ma chère amie, dit-il gaiement…
Oh, comme ces façons affectueuses m’insupportent !