— Oui, oui, oui et oui… des pauvretés sans doute… Parce que les poètes m’ont tout l’air d’être au garage depuis qu’il leur faut célébrer des faits au-dessus de leurs petites histoires…

— Pretty, vous êtes injuste… Les poètes ont toujours été ceux qui peuvent le mieux exprimer la séduction ou la douleur de la vie quotidienne… Ils n’ont pas changé… Il n’y a plus de vie quotidienne, il y a un trou dans l’espace et dans le temps, cratère inquiétant dont les vapeurs annoncent le dernier cercle de l’enfer — ou le premier… Dante est mort, chère amie, et les bons jeunes gens qui écrivent ont assez de peine à écrire en français… si vous leur demandez de penser par surcroît…

— Il y en a sans doute qui ont d’autre but que des rimes insensibles et du bruit sous les mots ! Qu’ils viennent !

— Je viens.

— Quoi ?

— Pretty, vous serez un ange… Pretty, je vous nommerai Sainte avec des inflexions mélodieuses si vous déclamez ceci à la matinée du Trocadéro.

— Qu’est-ce qui vous prend ?

Je suis plus stupéfait que Sainte. Cobral tire de son portefeuille un beau papier de format princier, plié en quatre, qu’il tend à Pretty. Cobral serait poète, écrivain, littérateur ?

— C’est une sorte d’hymne, dit-il.

— Je ne le dirai sûrement pas aujourd’hui, crie vivement Pretty ; il est d’une grande longueur et j’ai trop de conscience pour risquer une chose que je n’aurais pas le temps d’étudier.