— Je ne l’ai pas lu.
— Il donne toutes les armures qu’il faut, celui-là.
— Je n’ai pas besoin d’armure. Il faut que personne n’en ait besoin. On a trop défendu et on a trop attaqué. Il ne faut plus être assailli. Il ne faut plus tuer. Il faut tuer la guerre. Il faut tuer la guerre.
Sainte dit :
— Suzanne, donnez-moi le petit chapeau bleu à brides. C’est celui que je préfère.
Nanni piétine et trépide et crispe sa main sur le dos d’une chaise.
— L’armure, dit-il, j’en ai perdu le goût dans la solitude… Me croiriez-vous ? moi, pauvre rêveur qui fus une sorte de poète dans l’aviation, je croyais, à réfléchir, face à mes quatre murs inintelligents, avoir des fautes lourdes sur le cœur, et l’injustice aux mains… J’ai tant aimé la chasse… j’ai tellement chassé… dans tous les pays du monde… levé, flairé, traqué, tué jusqu’au dégoût… toutes ces bêtes en fuite je les revoyais dans ma torpeur morbide… et chaque évocation me conduisait à décréter : « plus de fusils »… Il faut ne plus avoir à se défendre… ni besoin de conquérir… ni besoin d’amasser… ni besoin de dévorer… et que l’apaisement soit éternel…
Il rit violemment et, s’arrêtant :
— A moins qu’une seule bête soit coupable… et il faut la tuer pour sauver les autres… un seul crime… le dernier… le plus beau… bientôt, bientôt, bientôt, c’est promis…
— Vous dites des rébus, lui jette Sainte gaiement.