Elle se campe dans l’embrasure, simple et parfaite des bottines au chapeau, avec un tailleur bleu aussi sommaire qu’il est possible et plus élégant qu’on ne l’espérait. Elle se gante en parlant.

— Avouez que j’ai brûlé les étapes.

— Quarante minutes, note Cobral, penché sur sa montre.

— Je suis en avance. Nous irons à pied. J’ai envie de marcher. Jusqu’à l’avenue d’Antin il y a bien dix minutes.

Mais elle s’exclame :

— Je n’ai pas déjeuné.

Les petits pains, le beurre, les toasts, attendent sur le plateau dont Nanni a brisé la tasse.

— Vous m’avez tellement occupée que je n’ai plus faim. Mais je vais boire le chocolat… Apportez une tasse, Suzanne.

— Ce serait trop long, défend Cobral… Vous boirez à la régalade… Ouvrez la bouche.

Nous rions. Sainte s’amuse. Que nous sommes jeunes et contents pendant une minute ! Et la terreur pourtant, ou l’angoisse, nous harcèlent.