Sans rire, Moquin prend le coupon que lui tend Cobral.
— C’est aujourd’hui, cette matinée ?… quel dommage !…
— Vous n’êtes pas libre ?
— Le Journal m’a chargé d’aller à la Chambre où se débattra la question de l’emprunt… Il y a un discours de Cardiette que je dois entendre… et que je veux entendre…
— Qu’à cela ne tienne… Je vais dire à votre directeur… je n’ai qu’un mot à dire… et aussitôt… Tenez, considérez-vous comme libre… Je ferai ce qu’il faut…
Moquin n’est plus étonné. Il est ennuyé. Ce railleur obstiné, toujours prêt à frapper le défaut de ce qu’il entend et de ce qu’il voit, portant sans conviction visible des coups dont le but ne se dérobe jamais, et corrigeant sa dextérité sévère par un sourire qui est toujours une moue, ignore la prudence et pourtant maudit les partenaires trop balourds. Il craint que son refus ne soit accueilli par Cobral sans respect et se demande si le solliciteur humoristique assis en face de lui n’est pas un échappé. Dure minute pour la timidité de Moquin et pour son épuisable violence.
— Arrangez-vous avec mon directeur, concède-t-il, mais il est bien tard.
— Je vais lui téléphoner.
— Et je vous assure que je préférerais entendre Cardiette que Chenal ou Albert Lambert.
— Cardiette est un grand orateur, n’est-ce pas ? demande Nanni.