— Cardiette est le seul orateur de ce temps. S’il le voulait, il imposerait au pays sa dictature. Il tient la France avec sa parole.
Il y a peu de monde chez Jim Aston. Le coin du bar où Moquin vient s’asseoir quotidiennement, de dix heures à midi, pour lire les feuilles, consommer deux cocktails et recevoir ses amis ou similis, est vide d’étrangers. Un seul habitué, à la table voisine, noircit ligne à ligne, posément, des pages blanches. C’est un journaliste lui aussi.
— Monsieur Moquin, reprend Cobral, je n’insisterais pas si le Président de la République lui-même ne m’avait…
— Il pouvait m’écrire ou s’y prendre plus tôt. Quels secrétaires a-t-il donc à ses trousses ?
— C’est que M. le Président ne songeait pas à vous inviter… Mais on vient d’ajouter au programme une partie inédite… dont il faut qu’on parle…
— Si on en parlera ? s’écrie Nanni enflammé, mais c’est la seule chose qui restera de seize mois de campagne…
Moquin essaie de rire :
— Un nouveau modèle de sous-marin ?…
Il boit.
— Ou de bombe ?