— Ça, dit Cobral, c’est la partie de monsieur.
Il montre Nanni.
Moquin persifle :
— A quelle heure détruisez-vous ?…
— Pas avant la nuit. Je suis aviateur.
Moquin est incapable de souffler un mot. Il est plus coi que moi, et moi je ne sais plus où je suis. Est-ce que j’assiste à une expérience de déformation cérébrale ? Où est le médecin ? Où est le malade ? Suis-je malade moi aussi ?
Personne ne parle plus.
Nanni regarde Moquin, avide, impérieux, les cheveux ailés comme s’il y restait le vent des altitudes, et sa bouche mince fait la lippe volontaire qui n’a pas le temps d’être dédaigneuse. Quel est ce visionnaire qui parle de détruire du haut de son vol, avec ses obus et ses bombes, le cerveau perfide de cette guerre ?
Il dit doucement et baissant les paupières :
— Il ne faut plus tuer personne… mais ça ce n’est pas tuer des hommes… C’est tuer la guerre…