Moquin ne peut railler. Il demande très bas :

— Vous savez où il faut aller pour… pour ça ?…

— Je sais, dit Nanni… Ce n’est pas si loin qu’on se l’imagine…

Un long silence. Interminable. Ecrasant.

— Midi trente, signale Cobral, on nous attend… Monsieur Moquin, charmé de vous avoir approché… vous viendrez et vous verrez et vous direz la chose… vous la savez déjà… vous n’avez plus qu’à regarder…

Il se lève. Il sort. Nanni le suit. Perdu dans son imagination, il dit à peine l’au revoir nécessaire à Moquin.

Moi je les regarde sortir, sans bouger, comme si je ne devais pas les suivre. Je suis étourdi de cette conversation. J’ai vu un choc violent ou j’en ai été victime. Que sais-je ? Me voilà brisé. Pourquoi demeurer ? Et pourquoi sortir ?

Il y a dans ma tête un biplan gigantesque avec des « N » sur les ailes, et, petit dans cette toile et ce métal, un profil net — qui fait un bec à l’aigle, oui, à l’aigle — un homme qui semble hanté de cadavres innombrables et qui va les venger, à pleines mains.

Je me lève. Je frappe l’épaule de Moquin qui affecte de feuilleter des journaux illustrés.

— A ce soir, lui dis-je.