Le scepticisme naissait inévitablement.

Aussi, Kant fut-il l’auteur favori d’Albert.

Il sut par cœur la Critique. En un moment de ferveur, il projeta d’y adjoindre une Critique de la Sensation, par laquelle il serait prouvé, d’une manière encore plus explicite qu’au chapitre sur le phénomène et le noumène, que les perceptions des sens ne correspondent pas plus à la réalité que les concepts de la raison.

De cette époque de méditations, Albert ne garda rien de positif; sinon deux ou trois croyances, en rapport avec son caractère, que lui-même, par ironie, tenait à l’état de croyances, déclarant qu’il ne voulait, ni ne pouvait les discuter. Il prit à Spinoza le déterminisme, à Spencer l’évolution, à Hegel la théorie de la force, et il se composa, pour son usage personnel et afin de ne pas demeurer l’âme vide, une manière de se représenter le monde. Puis, il jura de ne plus rouvrir un seul de ces ouvrages énervants, il cracha sur les charlatans, et, certain maintenant d’avoir avec conscience goûté à toutes les coupes du savoir terrestre, il s’abattit, épuisé et désespéré.


XI

MANGEONS ET BUVONS CAR DEMAIN NOUS MOURRONS

Orgie!

Ah! ah! ah! ah!