Albert, faisant ces réflexions, perçut une larme de sueur qui filtrait entre ses deux yeux. Il prit son mouchoir de poche et s’essuya le nez délicatement. Au dehors le temps était beau, et les premiers bourgeons des feuilles, perçant les écorces des marronniers, pointaient en vert sur la sécheresse, hier encore introublée des branches. Promeneurs et promeneuses vadrouillaient. Par dessus, soleil.
Que les gens étaient bêtes!
Ou plutôt qu’ils étaient bêtes objectivement!
Car, Albert, se voyant par l’imagination au milieu de cette foule, se trouvait aussi bête que les autres.
Subjectivement, ils ne l’étaient pas: chacun d’eux avait un for intérieur comme lui; chacun d’eux vivait aussi une vie ignorée, sentant une infinitude de choses trop fines et trop indicibles pour se refléter sur le masque niais des physionomies; chacun d’eux était l’esclave d’un tempérament.
Mais, si une volonté libre, immanente ou transcendante, avait voulu cela, à elle devait remonter l’ignominie: elle seule était alors la Bêtise.
Que savait-on?
Et l’effondrement des idées mettant le trouble dans sa tête, Albert fut saisi de la folie de hurler «zut» à pleins poumons. Ce besoin lui brûlait la poitrine: c’était un poids qu’il lui fallait projeter exaspérément, expulser sur les nuques des satisfaits, vomir contre l’existence pour à la fois s’en moquer et s’en venger.
Il le vociféra dans son logis, furieux, les poings en l’air.
Puis, trouvant que ce n’était pas assez, il voulut monter sur le toit pour le lancer aux quatre vents.