Tandis que, la main sur les crochets, je me disposais à tirer les contrevents, un débris de papier noirci vola jusqu'à moi, porté par le souffle chaud de l'incendie. C'était un fragment d'incunable. J'y déchiffrai difficultueusement ces mots, imprimés en caractères gothiques: «... At Germani in summa feritate versutissimi natumque mendacio genus...»

C'est tout ce que je pus consulter de la Bibliothèque de Louvain.

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VIII

Je renonce à décrire la déception, la colère qui s'empara de nos hommes, quand, le lendemain, l'ordre nous fut prescrit de reprendre la route. Quoi! partir, alors que le pillage, le vrai pillage, le grand pillage, le sac de toute une ville allait commencer! Sitôt passé le plus fort de l'incendie, la garnison se jetterait sur les ruines: elle en avait pour huit jours au moins. Et c'est à ce moment qu'il nous fallait vider les lieux!

—Pas de chance! grommelait Kaiserkopf. Nous arrivons toujours ou trop tard ou trop tôt!

Mais il fallait obéir: les ordres étaient les ordres.

La ville brûlait toujours. La Collégiale, dont la tour s'était effondrée, lançait par toutes ses ouvertures des torrents de flammes jaunes; des nappes de maisons embrasées bougeaient, flottaient, se suspendaient dans la vapeur, tandis que d'autres déjà consumées, fumaient, craquaient, s'affaissaient.

Un soleil sans rayons, pâle comme une lune, essayait en vain de percer le voile opaque des gaz.

Nous contournâmes la ville par les boulevards de sud-est pour nous rendre à la station, où trois trains nous attendaient. Tout le régiment s'embarqua pour une destination inconnue.