—Alles kaput!... Tout est foutu!... Tiens, salaud, voilà pour toi!...
Wacht-am-Rhein reçut la décharge en pleine poitrine.
D'un coup de revolver j'abattis à mon tour le misérable. Les deux corps furent poussés ensemble dans le fossé l'un sur l'autre.
La mort du fidèle Wacht-am-Rhein ne devait pas clore la liste de nos pertes. Il nous restait à enregistrer la plus cruelle de toutes: celle du colonel von Steinitz, asphyxié par la déflagration d'un obus à la mélinite, pendant qu'il présidait au regroupement de son régiment. Le lieutenant-colonel Preuss le remplaça.
Il s'agissait d'évacuer les grands blessés. Il y en avait deux cent cinquante dans le hangar, qui était archiplein. Ces malheureux étaient intransportables. Sans doute ne pourrait-on faire autrement que de laisser toute l'ambulance tomber aux mains des Français. On en amenait toujours de nouveaux, que les médecins, débordés, refusaient de recevoir. Ils restaient là, aux abords de la bâtisse, déposés sur l'herbe, sommairement pansés par les infirmiers, tandis que d'autres, mélangés aux cadavres, étaient portés indistinctement au bûcher où on les jetait encore vivants dans les flammes.
Je vis passer ainsi le pauvre Schnupf, exsangue, le thorax défoncé. Il me jeta un regard de détresse.
Une voix fit à côté de moi.
—Fameuse affaire! En voilà un qui va faire tout de suite son purgatoire. Il ira droit au ciel!
A cheval au milieu de la mitraille, le général von Morlach dirigeait la retraite, aiguillant successivement colonnes et convois sur la route de Vincy. Nous attendions notre tour.
Je le vis soudain qui faisait un geste tranchant et négatif, tout en proférant d'une voix rageuse: