—Mes intentions? mes intentions? Vous en parlez avec une légèreté... Ah ça! éclata-t-il, pensez-vous que je vais passer l'éponge sur vos déportements, vous ouvrir de nouveau, comme si de rien n'était, ma maison et mes bras, vous supplier peut-être—telle est votre audace!—de reprendre la vie commune agrémentée de toutes les complaisances? Ne vous bercez pas d'illusions. Ne vous figurez pas que votre pouvoir sur moi soit si grand, qu'il vous suffise de paraître pour reconquérir votre place au foyer. Vous vous traîneriez à mes genoux, que je resterais inflexible. Madame, je ne suis pas de ceux qui pardonnent.

Cette phraséologie mettait Pauline au supplice.

—Je ne suis point venue ici mendier votre pardon, dit-elle. Je ne saurais qu'en faire. Dites-vous bien d'ailleurs que si vous souffrez maintenant à cause de moi, j'ai souffert, moi, pendant dix ans à cause de vous, et ne vous posez pas en accusateur: ce rôle vous convient peu.

—Quelle impudence! fit Facial avec indignation. Mais vous êtes un serpent que j'ai réchauffé dans mon sein!

Pauline haussa les épaules.

«Rien, pas un cri du cœur ne lui échappe!» pensait-elle.

Elle se taisait, hautaine, sous les injures que Facial déversait. Qu'aurait-elle dit? Elle ne pouvait pas lui prêter son cerveau, pour qu'il sentît avec ses sentiments et comprît qu'il n'avait pas le droit de la juger. Il voyait à son point de vue, un point de vue abominable et faux, mais qui était le sien. Que servait alors de répondre?

En proie à une fureur qu'il ne cherchait plus à contenir, Facial se répandait en discours diffus, boursouflés, pleins de périodes déclamatoires et d'imprécations violentes. Il dépassait les bornes, traitait sa femme de fille perdue, la ravalait au-dessous des prostituées, qui, elles, n'ont juré fidélité à personne. Les outrages jaillissaient de ses lèvres. Lui, si châtié d'habitude dans son langage, trouvait d'ignobles insultes à lancer comme des crachats au visage de celle qui lui était intellectuellement et moralement si supérieure. Elle ne bronchait pas; pâle, les traits immobiles, elle laissait passer ce flot d'ordure qui ne l'atteignait pas.

Épuisé, Facial s'arrêta et s'affaissa dans un fauteuil.

—Avez-vous fini? demanda Pauline.