Il se redressa, comme sous un coup de fouet.
—Je n'ai pas encore dit le plus important, Madame, reprit-il foudroyant; je n'ai pas encore prononcé le mot fatal...
—Prononcez-le, interrompit-elle, je n'attends que cela.
—Vraiment, Madame, le divorce ne vous fait pas peur?
Il espérait la voir s'abattre sous l'épouvante de ce mot et mesurer enfin l'horreur de son crime à la grandeur de la punition. Mais elle ne parut pas s'en émouvoir.
Il accentua d'une voix sévère:
—Le divorce, Madame! le divorce!
—Je suis heureuse, répondit simplement Pauline, que vous compreniez comme moi qu'une séparation est nécessaire. Vous la voulez légale, tant mieux: l'ordre est une excellente chose, et ma liberté en sera moins précaire. Le divorce est la meilleure solution à notre situation. Si vous avez cru que je me ferais des illusions sur votre tendresse à mon égard, vos paroles me montrent que vous en entretenez sur celle que je vous porte. Vous vous imaginez que «ma faute»—je conserve à mon acte ce nom, puisqu'il est consacré, quoique ma vraie faute, faute bien involontaire et toute d'ignorance, ait été de vous épouser sans savoir ce que c'est que l'amour—vous vous imaginez que ma faute est le résultat d'un de ces coups de tête ou de sang familiers aux femmes peu scrupuleuses, qui durent le temps d'un caprice et dont elles se mordent amèrement les doigts, si, par malchance, le mari découvre et sévit. Vous supposiez que ce mot de divorce allait me prosterner à vos pieds humiliée et brisée, pleurant des serments de repentirs éternels. Vous vous trompez. Ma faute a été voulue et longuement méditée. Bien loin d'en redouter les conséquences, j'étais à la veille de vous découvrir moi-même la vérité. Vous m'avez prévenue: ce n'est pas une raison pour que je change de contenance. Non, je ne crains pas le divorce; je l'appelle, je le désire. Mais ici vous êtes le maître, vous seul avez qualité pour le réclamer, puisque, au point de vue de la loi, c'est vous qui êtes l'offensé.
—C'est bien, Madame, nous divorcerons. Telle était mon intention: vos bravades ne font que m'y affermir.