—Vous avez l'audace de séquestrer Marcelin? proféra-t-elle avec un tel emportement, que Facial crut qu'elle allait se jeter sur lui.

—Sa place n'est pas avec vous. Je le garde.

—De quel droit?

—De quel droit? Je crois, Madame, que vous vous méprenez ici étrangement sur vos droits. Apprenez donc que, le divorce étant prononcé contre vous, c'est à moi, en principe, que le tribunal doit confier l'enfant. Il suffit que j'en fasse l'objet d'une demande, et c'est ce qui sera, pour que, malgré tout ce que vous pourrez arguer, le droit de garder Marcelin me soit acquis.

A ces paroles qui éclairaient tragiquement la situation, Pauline sentit tout s'effondrer en elle.

Un dernier espoir restait, auquel elle s'accrocha désespérément. Il fallait pour cela l'aveu terrible. Mais plus rien ne lui coûtait.

Se campant devant son mari, le fixant les yeux dans les yeux, elle dit avec un cinglement:

—Cet enfant n'est pas de vous.

Facial sursauta.

—Il n'est pas de vous, reprit-elle plus ardemment, il est de M. de Hartwald. Car je vous ai trompé autrefois avec M. de Hartwald. C'était à l'époque où il était secrétaire d'ambassade à Paris. Vous vous le rappelez? J'ai fait sa connaissance dans un bal. Il venait souvent ici. Vous l'invitiez. Eh bien, je vous trompais avec lui. Pendant un an, je vous ai trompé; et vous ne vous en doutiez pas. Marcelin est né de cet adultère. Regardez-le, il n'a rien de vous: il ne vous ressemble ni au physique ni au moral. Remarquez son nez, son nez droit, fin, distingué, et ses cheveux, ses cheveux blonds: c'est le nez et les cheveux de M. de Hartwald. Il a, par contre, mes yeux et ma bouche. C'est frappant. M. de Hartwald est mort; cet enfant est à moi seule...