—Et M. de Rocrange?

—M. de Rocrange est aussi parti.

—Pour le Midi?

—C'est vraisemblable. Réderic pourrait nous renseigner, mais il ne le fera pas.

—Pourquoi ne le ferais-je pas? Vous voulez savoir où est Rocrange? C'est bien simple: il est à Béthanie.

—Comment?

—A Béthanie, loin de l'œil des pharisiens, avec Marie, Marthe et Lazare, fondus pour lui en une seule personne: Lazare qu'il a ressuscité, Marie et Marthe qui l'aiment, l'une mystiquement, l'autre candidement.

—Et pendant ce temps, dit Julienne avec un haussement d'épaules blagueur, on conspire contre lui dans le Sanhédrin! Pour Dieu, Réderic, mon pauvre ami, je ne vous savais pas si simple! Comme l'on se trompe pourtant sur la mine! Sous votre masque froid et méchant, sous vos paroles mordantes, sous la satire perpétuelle de votre vilain rire, se découvre tout à coup la naïveté d'un poétereau romantique. Émile, continua-t-elle en s'adressant à un jeune lycéen qui, la prunelle à la fois allumée et railleuse, suivait avec intérêt cette conversation, Émile, voulez-vous voir un gobeur? Regardez monsieur. Ce grand sceptique qui vous paraît peut-être si fort et si digne de vous servir d'exemple n'est pas autre chose qu'un gobeur.

Émile fit un geste qui indiquait suffisamment qu'il avait jugé Réderic.