La malheureuse essayait encore de cacher autant qu'elle pouvait de sa désolation à celui qu'elle allait jusqu'à se reprocher de ne pas entourer d'un culte exclusif. Mais Odon assistait à toutes les phases de ce chagrin. Son tact subtil percevait les moindres écorchures sur le réseau de sensibilité de sa maîtresse. Il savait quand Pauline était déchirée à crier: il savait quand, lasse, elle s'apaisait, mais que tout l'épiderme de l'âme lui faisait mal comme après une longue torture. Et il saignait avec elle, en silence, ne voulant pas, par le spectacle de sa propre douleur, accroître celle de son aimée.
Lorsqu'ils causaient de Marcelin, c'était pour s'exhorter à l'espérance.
—Il te reviendra, il nous reviendra, disait Odon; et il appuyait sur ce nous avec une intention exquise. Le père se lassera d'exercer sa vengeance. Fût-il mieux que le père légal, il comprendra que priver plus longtemps l'enfant de sa mère, c'est barbare et c'est nuisible.
—Dieu t'entende! murmurait Pauline.
Mais elle connaissait Facial. Elle savait qu'en retenant l'enfant, cet homme austère s'imaginait remplir un devoir sacré. Hélas! ce n'était pas une vengeance. La vengeance s'épuise, le devoir s'exacerbe. Il y avait de quoi pleurer.
Après mille combats, elle résolut d'écrire à son fils. Quelle effusion de larmes et de caresses! Le papier semblait vivre son amour. Elle recommença plusieurs fois cette lettre chérie, la chargeant toujours plus de son cœur gonflé, ajoutant de nouveaux baisers aux premiers baisers. Réconfortantes heures, prolongées à dessein, confidentes de tant de rêves! Mais elle ne laissa pas échapper un mot de récrimination. Cette lettre à son fils fut admirable de délicatesse. Pauline le comprit ainsi, afin que Facial, touché et rassuré, pût consentir à laisser s'établir entre eux une correspondance. Elle n'eut même pas à le comprendre: l'explosion de sa tendresse ne comportait pas de place pour autre chose.
«Vous ne voudrez pas, écrivait-elle à cette occasion à Facial, vous ne voudrez pas détruire chez mon enfant tout souvenir de sa mère. Vous savez combien ce sentiment est nécessaire et précieux. Je suis tellement certaine que vous jugerez en cela comme moi, que l'idée ne me vient pas de faire parvenir ma lettre à Marcelin par une autre personne que par vous. C'est à vous que je l'envoie: vous la lui remettrez vous-même. Lisez-la auparavant: elle ne contient rien dont vous puissiez prendre ombrage. Je suis mère et je ne suis que cela, lorsque je parle à mon fils. Vous qui avez assumé le soin de l'élever, vous n'avez point l'intention de cloîtrer son cœur. Je n'ai pas besoin, n'est-pas, d'invoquer votre générosité? Il suffit que vous soyez juste.»
Trois jours après, Pauline recevait la réponse.
Facial lui retournait la lettre adressée à Marcelin et l'accompagnait de ces mots: