Cette pensée traversa l'esprit de Pauline. Mais elle éprouva un tel serrement de cœur à l'idée d'avoir recours à son ancienne amie pour parvenir à Marcelin, qu'elle comprit aussitôt que cela lui serait impossible. Un irrésistible flux de jalousie lui monta à la tête. Tandis qu'elle était ici, loin, exilée, Julienne voyait son enfant, Julienne pouvait le voir tous les jours! Pourquoi cet intérêt? Qu'est-ce que cela signifiait? Et elle se souvenait qu'autrefois elle avait déjà ressenti, pour de futiles baisers, d'inexplicables jalousies.
Elle n'écrivit pas à Julienne. Trop de trouble la remplissait. Que faire pourtant? Odon l'engageait à vaincre ses répugnances. Selon toute probabilité, Julienne, qui n'était pas dure, se prêterait volontiers au rôle de tiers entre la mère et le fils; et, femme, elle aurait même du plaisir à être la cheville ouvrière de cette petite intrigue. Mais Pauline ne voulut pas.
—Partons pour Paris, dit-elle.
Ils partirent. Ils restèrent à Paris une semaine. Ils firent tout pour aborder Marcelin. Pauline se présenta au lycée et demanda à lui parler. On lui répondit qu'on avait ordre du père de ne point permettre d'entretiens avec des personnes inconnues. Le samedi soir, cachée dans un fiacre, elle assista à la sortie des élèves. Elle aperçut Marcelin et un grand frisson la secoua. Mais Facial était là. Le lendemain, dès le matin, toujours dans un fiacre, elle se tint aux aguets dans la rue où habitait Facial. Marcelin sortit en voiture après le déjeuner. Il était en compagnie de Julienne et d'un lycéen plus âgé que lui, que Pauline ne connaissait pas et qui n'était autre qu'Émile. Ils firent une promenade au bois de Boulogne. Au retour, ce fut chez Julienne qu'ils descendirent. Marcelin y dîna. Il n'en partit qu'à dix heures, escorté par Facial qui était venu le chercher. Pendant toute cette journée, Pauline ne trouva pas le moyen de se montrer à son fils.
Alors, perdant pied, elle écrivit à Facial:
«Je suis à Paris. Autorisez-moi à avoir une entrevue avec l'enfant.»
Facial répondit:
«Je connais toutes vos manœuvres. Je sais depuis quand vous êtes à Paris, à quel hôtel vous êtes descendue, et ce que vous venez faire. Moins que jamais je ne puis vous accorder ce que vous demandez.»
Un second voyage à Paris, entrepris avec plus de précautions encore, eut un résultat pire. C'était à une époque de vacances: Pauline espérait avoir ainsi plus de facilité pour rencontrer Marcelin. Mais elle ne le vit même pas. Renseigné sur son arrivée, Facial avait emmené l'enfant à la campagne.
Ils revinrent à Grasse profondément tristes.