—Vous êtes une noble femme, vous! dit-il.
Et, à ce moment, en effet, Julienne était sincèrement poussée par les plus louables sentiments. Elle n'analysait point les causes secrètes de sa bienveillance. Elle ne se demandait point si elle aurait agi de même, dans le cas où Marcelin n'aurait pas été le jeune garçon joli et spirituel qui lui plaisait. Elle le trouvait charmant; elle avait la fantaisie de l'élever: et voilà!
De ce jour Marcelin fut plus heureux. Il vivait plus avec Julienne qu'avec son père, celui-ci aimant mieux présider de haut, que d'avoir continuellement à ses côtés un enfant auquel il ne savait trop que dire. Marcelin avait maintenant près de douze ans. Son intelligence était vive, mais encore très féminine. Il sentait plus qu'il ne raisonnait. Il comprenait par intuition. Impressionnable à l'excès, il ne résistait pas aux mouvements de son cœur; mais il était doué d'assez de souplesse pour ne point se trahir.
Il ignorait pourquoi sa mère était partie. Ce mystère préoccupait extraordinairement son imagination. Elle n'était pas morte, il le savait. Qu'était-elle donc devenue pour avoir ainsi disparu tout à coup? Il souffrait singulièrement de cette absence. Les premiers temps, lorsqu'il questionnait, on répondait qu'elle était en voyage, qu'elle reviendrait bientôt.
Ne la voyant pas revenir, il avait compris qu'il se passait quelque chose qu'on lui cachait, et il avait cessé de questionner. Facial avait cru qu'il oubliait. Mais l'enfant, rendu perspicace, s'ingéniait à découvrir par lui-même la vérité. Il suivait avec attention ce qui se disait autour de lui, espérant y surprendre le mot de l'énigme. Il voulait savoir pourquoi sa mère l'avait abandonné. Certain que c'était malgré elle, car il ne pouvait douter de son amour, il frissonnait à l'idée qu'elle était enfermée quelque part, empêchée de communiquer avec lui. Il lui fallait à tout prix la revoir.
La fréquentation de Julienne servit au moins de dérivatif à son chagrin.
Sans risquer de questions directes, il causait de la disparue. Il disait:
—Maman était si douce avec moi, que j'avais parfois mal aux yeux de penser que peut-être je lui avait fait de la peine et qu'elle avait peur de m'en faire en me manifestant son chagrin. D'autres enfants prétendent que leur mère les gronde. Je n'ai jamais été grondé. Maman n'avait pas la voix pour ça.
—Et moi, disait Julienne, pensez-vous que je voudrais vous gronder?
—D'abord, je ne vous le permettrais pas: vous n'êtes pas ma mère. Ensuite, je suis maintenant assez grand et assez raisonnable pour me bien conduire. Maman me trouverait changé. Quelqu'un est-il chargé de lui donner de mes nouvelles?