—Tu as vu les chiens dans la rue? Tu as vu ce qu'ils se font, quand ils grimpent l'un sur l'autre? Eh bien, mon petit, les hommes et les femmes, c'est la même chose. Si les hommes aiment les femmes et si les femmes aiment les hommes, c'est pour se faire la même chose que les chiens. L'amour, c'est ça. Et le mariage n'est pas plus propre. Tu penses bien qu'il n'y a pas besoin d'avoir épousé une femme pour se livrer à cet exercice. Tous les hommes peuvent faire ça à toutes les femmes. Si on se marie, ce n'est cependant pas pour procéder autrement. Aussi, le mariage, on ne sait pas ce que c'est; on ne sait pas d'où ça vient. Ce doit être une vieille blague qui s'est perpétuée. Oui, mon petit, voilà la vie. Et toi, tu feras comme les autres: comme les autres et comme les chiens. Et c'est justement pour ça et par ça qu'on est au monde. T'imagines-tu que tu es né d'un rayon de lune? Tu es né parce que ton père a fait le chien avec ta mère. Et à la suite de ça, le ventre de ta mère a grossi. Tu étais dedans. Et au bout de neuf mois, tu es sorti de son ventre par le même trou par lequel elle urine...
Émile s'arrêta, effrayé. L'enfant venait de s'affaisser sur le tapis. Il était blanc comme un linge.
A ce moment, Julienne entrait. Elle vit Marcelin évanoui. Elle se précipita en poussant un cri.
—Grand Dieu! qu'a-t-il?
—Je crois qu'il a une syncope, dit Émile en haussant les épaules.
Elle le prit, lui fit respirer des sels. La pauvre tête de l'enfant traînait lamentablement sur son bras.
—Il a l'air d'un mort, dit Julienne avec un recul instinctif.
Quelques minutes se passèrent avant que Marcelin revînt à lui. Il ouvrit enfin les yeux et, faiblement, murmura:
—Maman!... maman!...
—C'est moi, mon chéri, dit Julienne. Ne me reconnaissez-vous pas?