—Non... non... vous n'êtes pas ma mère... Vous êtes... une femme.

Son désespoir était si violent, que Julienne crut devoir employer tous les moyens pour le calmer.

—Votre mère n'est pas morte, vous le savez bien.

—Je veux la voir.

—C'est impossible, votre mère n'habite pas Paris; elle est loin, très loin. Mais je vais vous montrer quelque chose qui vous tranquillisera.

Elle ouvrit un tiroir de son secrétaire et y prit un papier taché de larmes. C'était une lettre de Pauline à Marcelin, arrivée depuis plusieurs semaines déjà. La pauvre mère avait fini par faire taire son orgueil; ne voyant plus d'espoir qu'en Julienne, elle s'était humiliée jusqu'à la supplier, elle, d'avoir pitié et de lui permettre d'écrire quelquefois à son fils.

—Voyez, dit Julienne, c'est une lettre de votre mère. Si vous êtes raisonnable, vous pourrez lui répondre. Mais n'en parlez pas à votre père: il serait fort irrité, s'il apprenait que j'ai reçu cette lettre pour vous et que je vous l'ai remise.

Marcelin demeura un instant étourdi, sans oser faire un geste, sans oser prononcer une parole. Une lettre de sa mère! Cela lui paraissait un miracle du ciel.

—Mon Dieu! mon Dieu! balbutia-t-il enfin tout palpitant.

A la vue de l'écriture chérie, il tomba à genoux: un flot de sanglots déborda de sa poitrine; le voile de larmes qui couvrait ses yeux l'empêchait de lire; mais, ardemment, comme une relique, il baisa mille fois le papier où sa mère avait écrit et pleuré.