Ce fut l'adieu...

XVII

Des années tombèrent comme des feuilles mortes.

Odon et Pauline n'avaient plus quitté Grasse. Peu à peu, une paix relative était descendue sur l'âme endolorie de Pauline, une lente résignation qui la noyait, aux jours où elle ne voulait pas se souvenir. Il s'en dégageait une tendresse toujours plus complète pour celui qu'elle avait ardemment, follement aimé, qu'elle aimait maintenant profondément. Entre eux s'était créé un nouveau lien: ils avaient souffert ensemble, ils s'étaient vus souffrir. Et comme jamais ni l'un ni l'autre, fût-ce par un geste, par une intonation, n'avait semblé accuser leur amour des infériorités de la vie, ils en avaient conçu l'un pour l'autre une vénération croissante.

Pauline n'avait pas revu Marcelin. Chaque fois qu'elle avait rappelé à Facial sa promesse, celui-ci avait trouvé un prétexte pour esquiver toute rencontre entre la mère et le fils. Les lettres de Marcelin, elles-mêmes, d'abord très touchantes, avaient fini par se modifier si complètement, que Pauline ne pouvait croire qu'elles ne lui fussent pas dictées. Elle n'en recevait plus que rarement. Marcelin se bornait à lui raconter ce qu'il faisait, où en étaient ses études, à lui donner de rapides nouvelles de sa santé. Et cela la navrait de n'y plus lire ces phrases charmantes, ces expansions qui savaient remuer son cœur. Elle ne voulait s'expliquer ce changement que par la découverte qu'aurait faite Facial de leur correspondance secrète. Comment aurait-on pu lui transformer pareillement son fils? Elle ne se disait pas que le changement n'avait pas été brusque, mais s'était opéré par dégradations insensibles.

Aussi, Paris ne lui inspirait plus qu'une instinctive horreur. Tant de choses s'étaient accumulées sur elle, qu'elle ne se sentait plus la force de lutter. Il aurait fallu être là, combattre pied à pied, et pour quel résultat? N'avait-elle pas renoncé? N'avait-elle pas pris l'engagement moral de ne rien faire qui pût nuire à son enfant? Lui d'abord, lui seulement. Et si elle devait disparaître, elle disparaîtrait.

Odon non plus n'était pas retourné à Paris. Un ou deux ans après le divorce de Pauline, il avait dû subir de la part de sa famille de pressantes tentatives pour le dégager d'une liaison «qui menaçait de devenir sérieuse».

«Rompez, lui disait-on, rompez pendant qu'il en est temps encore. Vous avez fait votre devoir, vous avez agi en galant homme en n'abandonnant pas aussitôt une femme qui s'est perdue pour vous. Mais maintenant, cela suffit. Reprenez votre liberté. Vous éterniser dans cette situation équivoque serait à la fois honteux et ridicule.»

La vicomtesse de Béhutin était même venue exprès à Nice pour voir son frère, espérant, par une démarche formelle, obtenir de lui la rupture souhaitée.