Odon alla au rendez-vous, mais ce fut pour assurer à sa sœur qu'il romprait plutôt avec elle, que de considérer un seul instant l'idée de quitter sa maîtresse.
De plus en plus, les deux amants s'étaient sentis seuls, étrangers au monde, absurdes et réfractaires. Sans une inquiétude de cœur, ils étaient demeurés l'un à l'autre, persuadés que cette possession constituait l'unique et suprême sécurité dans le hasard phénoménal de l'existence. Ils s'avançaient dans l'avenir sans autre projet, sinon de continuer le présent avec plus de sérénité, plus d'oubli si possible.
Malheureusement, de cruelles préoccupations vinrent bouleverser ce qu'ils avaient pu retenir de bonheur. La santé d'Odon laissait à désirer. Et, tout à coup, sa maladie de cœur s'aggrava. Une crise, plus forte que celles qu'il avait de temps en temps, l'abattit si rudement, que Pauline eut, un moment, l'affreuse angoisse de le voir partir entre ses bras. Il ne s'en releva pas complètement.
Pauline comprit alors le malheur effrayant, le malheur auprès duquel le reste n'était rien, l'insondable malheur qui la menaçait.
Elle ne s'était jamais posé cette question: S'il mourait?
Et voilà que la mort apparaissait, comme la solennité de l'heure dans le silence de la nuit, rappelant, par un signe précis, discernable, l'éternelle possibilité.
Pauline se sentit une lumière vacillante dans le vent du nord. Nul doute! nul doute! Elle s'éteindrait du même coup. La rafale qui emporterait Odon emporterait sa vie à elle.
Mais cette certitude de mourir à la minute où son amant cesserait de lui être l'image miraculeuse qui fait vivre ne constituait pas une consolation suffisante. Indépendamment des souffrances physiques qu'éprouvait celui qu'elle eût voulu surhumainement heureux, la perspective du mystère formidable que serait cette fin terrestre de leur amour la plongeait dans une agonie éperdue de pensée.
Elle se rappelait le mot qu'elle avait dit à Odon le soir où ils avaient fait connaissance, un des premiers mots qu'il avait entendus d'elle: «Moi, je n'ai pas peur de la mort.»