—Alors, au revoir, et à bientôt. A propos, que je vous dise, je ne demeure plus avec papa. Papa m'a loué un petit pavillon au quartier latin, rue d'Assas. C'est plus commode et plus agréable. Venez me voir.
Il lui remit sa carte de visite, et tirant un calepin qu'il consulta:
—Voulez-vous vendredi après-midi, entre quatre et six? Oui? C'est entendu, je vous attendrai. Vous verrez mon installation. Nous prendrons le thé. Au revoir.
Et avec une aimable sollicitude:
—Il faut vous soigner, recommanda-t-il en la reconduisant.
Une immense tristesse envahissait Pauline, son âme était lasse. Mais l'esprit de révolte n'habitait plus en elle. Tout s'accomplissait. Elle n'avait rien à opposer au cours navrant des choses: ni volonté, ni raisonnement, ni colère, ni courage. Elle subissait; elle s'inclinait. Mais il lui semblait que son cœur pleurait du sang.
Où aller? De quel côté diriger des pas qui ne cherchaient aucun but? Le panorama des faits terrestres tournait autour de ses yeux, lui donnait le vertige; tout se confondait, tout devenait gris. Elle aurait voulu se coucher et attendre sans un mouvement, essayer de dormir. Mais sa fièvre ne lui permettait pas la tranquillité, le sommeil: elle devait errer, sans savoir, sans même tenter de comprendre pourquoi la route était si longue et si mauvaise.
«Odon! Odon!»
Ce cri plaintif rayait son âme.
Odon ne l'entendait pas, ne pouvait l'entendre. Elle était seule.