«Va, reprit-elle, je ne me trompe pas.... Si ce n'était pas vrai, tu ne serais pas ici. Mais avant que le soleil ait quitté cette fenêtre, Georges, je ne vivrai plus que dans ton cœur.»

Elle parlait avec une telle conviction et un si profond accent de vérité, que Georges vit bien qu'elle ne le trompait point. Il étouffa ses sanglots pour ne pas troubler la sérénité de sa dernière heure, et il laissa couler ses larmes silencieuses.

«Pourquoi pleurer? dit-elle d'une voix douce et faible: ne sais-tu pas que nous nous reverrons?

—Oui! et bientôt!

—Pas encore, je t'avertirai!» reprit-elle.

Et un sourire ineffable vint éclairer ses lèvres, qui se fermèrent.

Le baron et Maïa rentraient: ils s'arrêtèrent immobiles à deux pas du lit. Le soleil tournait l'angle de la maison. Son rayon quitta le lit de la mourante.

«Il fait nuit, dit Christine.... et j'étouffe!»

Maïa courut à la fenêtre et l'ouvrit. Un rouge-gorge chantait dans le cytise en fleur, sous lequel plus d'une fois Christine s'était assise, pendant que Georges, à ses pieds, lui lisait quelque poëte ou lui parlait d'amour. Elle prit leurs mains à tous trois, et les réunit dans la même étreinte; puis, sans relever les yeux, d'une voix qui s'éteignit, elle murmura: «Mes amis, mes chers amis!... Georges! Georges!...» Puis sa main se roidit et s'attacha dans une convulsion suprême à la main du jeune homme.

Georges voulut la prendre dans ses bras.