Le baron de Vendel avait déjà mis pied à terre, et, jetant les rênes à son groom, il avait saisi, ramené et calmé l'attelage furieux.

Où donc était Georges?

Après le tumulte et le désordre du premier moment, toute la troupe, dirigée par le comte de Lovendall, qui sonnait à pleins poumons le bien-lancer, s'était mise à la queue des chiens, et donnait la chasse aux loups, poussés vers la ville.

Nadéje montait un cheval de l'Ukraine, appartenant à l'ambassade, assez bien dressé, mais jeune encore et irritable. Depuis le commencement de la chasse, elle l'avait tourmenté comme à plaisir. Il se contint assez, tant qu'il fut au milieu des rangs, et pour ainsi dire emprisonné dans les autres; mais au moment du sauve-qui-peut général, affolé par le bruit et le mouvement, malmené par sa folle maîtresse, excité par les fanfares, effrayé par le hurlement des loups, il essaya de profiter du désordre pour se débarrasser de l'incommode fardeau. Nadéje résista bien aux deux premières pointes: c'était une nature assez vaillante, et d'ailleurs elle était soutenue par son amour-propre de femme vaniteuse qui se sent regardée. Mais comme le cheval se défendait de plus belle: «Rendez donc la main!» lui cria Georges.

Elle obéit instinctivement; mais, en rendant la main, elle cingla d'un coup de cravache, comme par une dernière bravade, l'épaule du fougueux animal. Celui-ci bondit de colère et de douleur à travers les broussailles, et, libre enfin de toute entrave, mal contenu par une main trop faible, il s'élança au galop dans la plaine, emportant Nadéje éperdue sur ses reins puissants, comme Nessus le centaure emporta jadis Déjanire, belle et tremblante.

La jeune fille n'eut que le temps de jeter à Georges un regard où l'angoisse se mêlait à la prière. C'était au même moment que Christine, non moins effrayée, criait à l'aide vers lui. Sans doute il vit l'une et n'entendit pas l'autre, car il enfonça l'éperon dans le ventre de son cheval et se précipita sur les traces de la belle Russe.

Cependant Nadéje peu à peu se raffermit en selle et se laissa bravement emporter. Le fils des steppes buvait l'air libre, et, voyant se dérouler sous ses pieds la blanche étendue et le vaste espace, il oublia la chasse et se donna carrière pour son compte, s'enivrant de sa vitesse, et comme pris du vertige de sa course. Elle, penchée en avant, immobile sur l'étrier, fixe sur la selle et tenant assez courtes les rênes dans ses deux mains, essayait du moins de diriger l'ardeur qu'elle ne pouvait maîtriser tout à fait.

Le cheval de Georges n'avait ni le même sang ni la même race; et, bien qu'il fût impitoyablement roulé par son maître, il perdait du terrain de minute en minute.

Personne n'y prenait trop garde: le monde est une foule où chacun tire à soi! la chasse tournait toutes les têtes, et l'on s'occupait en ce moment des loups plus que des femmes. Les traîneaux eux-mêmes volaient sur la neige à la suite des cavaliers.

Seule une pauvre créature oubliait tout autour d'elle.