«Je n'ai pas l'honneur de vous comprendre, dit Georges, qui savait que tout mauvais cas est niable: de grâce, expliquez-vous.

—Non, ce serait trop long et c'est inutile. Si votre conscience ne vous a pas tout dit, je n'ai rien à vous apprendre.»

Maïa parlait d'un ton qui ne permettait guère de réplique. Georges baissa la tête sans répondre.

«Voilà comme vous êtes tous, reprit-elle en le regardant fixement; parce que vous savez vous faire aimer, vous croyez que tout est dit et que l'on n'a plus rien à vous demander; vous tuez une femme par votre inconstance et vos légèretés; vous en épousez une autre pendant qu'elle se meurt,... et il faut encore qu'on vous plaigne! ajouta-t-elle avec une ironie d'autant plus poignante qu'elle la contenait davantage. Eh bien, non! souffrez, monsieur, comme vous avez fait souffrir!... c'est maintenant ce qui peut vous arriver de mieux, s'il y a une justice là-haut!

—Mais regardez-moi donc! s'écria Georges en lui prenant la main, et dites si je ne suis pas assez puni!

—Oui, reprit Maïa en s'adoucissant, je vois que vous êtes malheureux, et cela m'aiderait à vous rendre quelque estime, si je pouvais oublier ce que je vois chaque jour.... Ah! si vous assistiez comme moi à ces tortures d'une âme brisée...

—C'est plus que je ne puis supporter! dit Georges en se levant d'un bond. Chez elle! allons chez elle! je vous en supplie!

—Non, non! je vous le défends: elle n'est point préparée à vous revoir.

—Comme vous voudrez!» murmura-t-il en baissant la tête.

Maïa n'était point encore désarmée; elle profita, elle abusa peut-être du silence et de l'abattement du jeune homme, et, sans pitié, avec cette éloquence particulière aux femmes, et qu'elles ont parfois à un si haut degré, quand la passion parle en elles, elle lui peignit l'amour de Christine, si ardent, que, n'ayant plus d'autre aliment, il se dévorait lui-même; si profondément dévoué, que, pour assurer le bonheur de l'autre, aucun sacrifice ne lui avait coûté, pas même le sacrifice de soi; un amour tel, en un mot, qu'un homme ne le rencontre pas deux fois dans sa vie. Quant à son mariage avec le baron, ce n'était qu'une fable. L'idée ne venait pas d'elle; car jamais elle n'eût consenti à contrister un homme digne de son estime et qui souffrait pour elle; et, cependant, elle ne l'avait point repoussé tout d'abord, parce qu'elle ne voulait point devoir l'amour de Georges à un scrupule ou à un remords.