«Voulant de plus la dite dame témoigner combien la mémoire et le repos dudit seigneur archevesque, son fils luy sont chers, elle a encore donné et donne, par les mesmes presentes, auxdits révérends Pères Jésuites du collège d'Alençon, la somme de deux cent quarante livres, prise et retirée par le dit révérend Père de la Mèche, stipulant et acceptant pour eux et leurs successeurs, en vertu du mesme pouvoir, le fonds de laquelle somme de deux cent quarante livres leur demeure en propre pour en faire une rente annuelle et perpétuelle à raison de douze livres pour chacun an, laquelle sera par eux payée annuellement, aux dites religieuses, de Sainte-Claire ou autres ayant charge de faire la recepte de leurs biens et revenus, sous leurs quittances, pour par les dites religieuses faire dire et célébrer, par chacun an et à tousjours, dans leur église, le vingtième du mois d'octobre, auquel jour arriva le deceds dudit seigneur archevesque, un service des Morts, à son intention, consistant aux Vigiles qui seront dites la veille dudit jour et à une grande messe de Requiem, à diacre et sous-diacre, et en huit messes basses qui seront aussi dites, dans la mesme église, pendant les huit jours qui suivront ledit jour vingtième octobre de chacune année. Lequel service et les dites messes qui seront dites pendant la dite huitaine les dits révérends Pères Jésuites sont pareillement priéz de vouloir tenir la main qu'elles soient dites et célébrées exactement, et le tout exécuté suivant l'intention de la dite dame, se persuadant qu'aucun de ses enfans prétendans droit en la succession dudit feu seigneur archevesque n'apportera aucun empeschement à l'exécution de la présente disposition, pour n'avoir esté faite du chef de la dite dame, mais seulement pour exécuter la volonté du dit deffunt, qui a toujours esté telle, ainsi qu'il l'a dit et déclaré à plusieurs personnes.»

La condition imposée par la donatrice aux Jésuites de dédier leur nouvelle église à l'Immaculée Conception est remarquable. C'est en 1661 seulement, en effet, que le pape Alexandre VII, par sa bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum, permit de rendre un culte public à l'Immaculée Conception. L'église du collège d'Alençon devait donc être, dans la pensée de la pieuse mère de l'archevêque de Narbonne, une des premières que la France eût consacrée à la glorification de ce dogme, autorisé, mais non encore proclamé solennellement par le chef de l'église universelle[1]. Malheureusement cet édifice ne fut terminé que dans les premières années du XVIIIe siècle, et Louis XIV, par un brevet du 14 mai 1700, ayant permis aux Pères de se servir des matériaux de l'ancienne chapelle de Saint-Joseph, bâtie dans le Parc, par la bienheureuse Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, et d'en réunir le titre à leur église, à la charge d'acquitter les fondations, ceux-ci durent se soumettre aux conditions nouvelles imposées par le monarque, et c'est ainsi que l'église de leur collège fut dédiée à saint Joseph.

Cette consécration eût paru d'autant plus convenable pour l'église du collège d'Alençon, que depuis le XIe siècle la Conception de la Sainte Vierge (8 septembre), est la «Fête aux Normands».


Caen, Imp. H. Delesques.


NOTES:

[1] Toute la famille s'intéressait aux questions coloniales. En 1656, Sanson, d'Abbeville, avait dédié son livre sur l'Afrique à Nicolas Foucquet. En 1657, le même géographe dédia l'Amérique à Gilles Foucquet, son plus jeune frère, chevalier des ordres de Sa Majesté.

[2] Jules Lair, Nicolas Foucquet, t. I, p. 72.—Du Tertre, t. I, p. 109.

[3] V. article du P. Chérot sur Foucquet, dans les Études religieuses, janvier 1891 (Le surintendant Foucquet ami des livres).—Bonaffé, Les Amateurs de l'ancienne France, Librairie de l'Art, 1892, in-4°.