Son aumônier avait fait dresser dans le salon un autel portatif. Par ses soins, les ornements pontificaux, de couleur violette, avaient été également mis dans une corbeille, dans le salon, pour servir aux obsèques de l'archevêque. Gilles Foucquet, son frère, avait annoncé sa prochaine arrivée et put effectivement assister aux obsèques.

Le jeudi 19 octobre, à deux heures du matin, Pierre Le Hayer, le fils, procureur du roi au bailliage et siège présidial d'Alençon, se présenta en l'hôtel du lieutenant général au bailliage et lui remontra «qu'ayant eu avis que messire François Foucquet, conseiller du Roy en ses conseils, archevesque de Narbonne et primat des Gaules, estoit décédé en ceste ville sur l'heure de minuit», il était nécessaire «d'apposer le scellé pour la conservation des inthérests de qui il appartiendra, à cause de l'absence des parents et héritiers dudit seigneur archevesque.» Il n'est pas douteux que le zèle pour le service du roi n'ait déterminé ces officiers à choisir une heure aussi matinale pour l'accomplissement de cette formalité.

Le sceau de M. de Boullemer, lieutenant général (d'or au chevron d'azur, accompagné de trois aiglettes de sable, avec deux lions pour support et un casque pour cimier), et celui de Pierre Le Hayer, procureur du roi au bailliage (d'or au chevron de gueules, chargé de trois croissants d'argent montants), avec un casque pour cimier, furent apposés sur les meubles.

La levée des scellés en fut faite le lendemain, vendredi 20 octobre, en vertu d'une ordonnance rendue sur requête, présentée au nom de Mme Foucquet la mère. Cette opération, qui ne fut terminée que le samedi 21 au soir, eut lieu en présence de Gilles Foucquet, auquel un des amis du défunt, Joseph de Marcilly, sieur de Lépinay, fit remise de la grosse d'une constitution d'une rente de 200 livres par lui souscrite au profit de l'archevêque, le 16 octobre 1670.

La Chronique du couvent de l'Ave-Maria d'Alençon, dans lequel l'archevêque de Narbonne fut inhumé, nous fournit une relation de ses obsèques. Il n'est pas inutile de noter, à cette occasion, que c'est dans l'église de ce monastère que les Jésuites célébrèrent leurs offices et firent leurs inhumations jusqu'à la construction de leur propre église:

«L'an 1673, le 19 octobre, Dieu appela de cette vie mortelle Monseigneur l'illustrissime et révérendissime François Foucquet, archevesque et primat de Narbonne. C'étoit un prélat accompli en vertus et mérites. Il ordonna sa sépulture dans l'église des pauvres religieuses de Sainte-Claire de la ville d'Alençon, où son corps repose proche le grand autel, du costé de l'évangile. L'inhumation s'en fist avec toute la pompe possible; le convoy commença le 20 octobre, à trois heures après midi. M. Pasquier, curé d'Alençon, avec tout le clergé, fut lever le corps de Monseigneur à son hostel où il étoit décédé, pour le faire conduire par la rue du Palais, en l'église Notre-Dame d'Alençon, où il reposa quelque temps pendant les prières qui y furent faites, et ensuite on acheva le convoy par la rue aux Sieurs, en l'église des religieuses de Sainte-Claire, où l'office fut chanté par M. le curé et son clergé, assisté du révérend père François Colin, confesseur dudit monastère, et les autres religieux de Saint-François du dit couvent. M. le curé et son clergé, après l'office chanté, laissa le corps en dépost auxdits religieux pendant la nuit, pour estre le lendemain, 21 du mesme mois, inhumé en la dite église, après la grande messe qui fut célébrée par le sieur curé, assisté de son clergé et des susdits religieux[12]

L'église de l'Ave-Maria d'Alençon était une des plus richement décorées de la ville. On y voyait différents tombeaux de personnes de distinction qui avaient désiré être inhumées dans ce monastère. Celui de l'archevêque de Narbonne était le plus considérable. Il était en marbre noir et blanc, où on lisait cette épitaphe:

FRANCISCUS FOUCQUET,
ARCHIEPISCOPUS ET PRIMAS NARBONENSIS,
FRATRIS CASU AB ECCLESIA RELEGATUS,
APOSTOLO PROPIOR QUAM EXULI,
ABSENS SUIS,
SEMINARIUM CLERI, NOSOCOMIUM, MISSIONES QUE
FUNDAVIT LIBERALITER DE SUO,
EXTERIS PRÆSENS,
VIRTUTUM OMNIUM EXEMPLUM DE SE PRÆBUIT.
TANDEM LONGO GREGIS SUI DESIDERIO CONFECTUS
PASTOR OPTIMUS,
XII KAL. NOVEMR. AN. SAL. CIƆ IƆ CLXIII,
EXILII XII,
HIC SITUS EST.
VIXIT ANN. LXIII MENS. I DIES XXIII.

Ce tombeau, ainsi que tous ceux que renfermait ce monastère, a été détruit pendant la Révolution. L'église elle-même a disparu, et l'on a bâti sur ce terrain la maison Masson. En 1825, on découvrit, sur l'emplacement du chœur, un cercueil en plomb et un anneau d'or émaillé en blanc, dont le chaton renfermait une émeraude. On crut que c'était le cercueil et l'anneau de l'archevêque de Narbonne[13].

Il existe, à ma connaissance, deux portraits de l'archevêque de Narbonne. Parmi les portraits des membres de cette illustre famille que possède le Département des Estampes, se trouve celui d'un prélat au camail de moire, à figure pleine, ronde, noble et bonne, que l'on croit être son image. L'épreuve de ce portrait, la seule que l'on connaisse, est avant toutes lettres et sans nom d'auteur.