— Je discute.

— Moi j'assomme.

La possession amène la jalousie et, depuis le commencement des siècles, la bataille dure, les armes ont changé — pas toujours — et les combattants se dressent les uns contre les autres, la face dure, les yeux meurtriers, la Bête des bois frémissante réapparaît. Il n'y a plus de convention qui tienne, d'éducation ou d'instruction qui joue, il n'y a qu'une force aveugle qui se manifeste avec des moyens primitifs.

Hurricane-chien pousse un gémissement, puis son regard mouillé se pose sur son maître.

— Eh bien! tu n'y penses plus, voyons, voilà des heures que tu as la tête en tes mains, ça n'a pas de raison. Le temps passe, ne reste pas ainsi, et encore si toi seul étais en cause, l'importance serait moindre. Et nous? Tu n'as pas l'air de te douter que mes compagnons et moi crions famine. Un quart de poisson chacun depuis ce matin, c'est peu pour des huskies et des siwashs. On ne travaille pas, c'est vrai, mais on a un estomac tout de même. Dis donc, vieux, si tu laissais là tes lamentations?

Et Hurricane-chien donne des coups de crâne aux genoux de son maître qui, de la main, flatte la bête qui grogne.

— Oui, c'est bon d'être gratté, surtout derrière les oreilles, mais, pour l'instant, écoute le charivari des copains. Ils en font, hein! une sacrée musique. Je te dis : un quart de saumon depuis ce matin. Il est loin, je t'assure. Allons, viens.

Et Hurricane-chien va de la porte à son maître. Il revient, il repart, s'assied sur son arrière-train, regarde.

Enfin, il a été compris. L'homme se dresse. C'est un succès qu'on souligne par deux abois très clairs, auxquels répondent les longs hurlements de la meute.

Le travail est l'âme de la solitude. La pâtée faite et distribuée, il faut songer aux mille besognes quotidiennes qui, en Alaska, prennent une place importante.