Ici, il faut compter sur soi. Si l'on veut se coucher, sur le trail, il faut se construire un abri. Si l'on veut manger, on a sa carabine et la sûreté du coup d'œil. Au camp, les ressources sont meilleures, mais encore ne faut-il rien exagérer. On a le confortable qu'on se donne.
Le store vend des conserves, de la farine, du maïs, du café, du thé, que sais-je? Aux Indiens, on peut acheter du poisson. Mais la machine à fabriquer le thé, à cuire le maïs, n'a pas été inventée et le poisson ne frira pas tout seul dans la poêle.
Secoue-toi, Hurricane, mon garçon. De plus, le printemps n'est pas éternel et les dumps attendent pour qu'on lave la paie.
A Frisco, possible qu'on ait le temps de faire le joli cœur et l'amoureux transi. Ici, pas!
Que dis-tu de ce saumon? Fameux, je m'en doutais. Et cette galette de maïs? Une riche idée de Gregory Land, n'est-ce pas? Est-elle craquante sous la dent, et dorée! Une vraie galette de Christmas. Sans part du pauvre, on mange tout. Et l'arome de ce café, exquis, ma parole, exquis : on en a les narines chatouillées. On ne boit pas le pareil même chez Old poodle dog, le restaurant français de Bush street, à Frisco.
Ce scotch whisky suffirait à te réconcilier avec la vie!
Allons, je t'aime mieux ainsi, camarade. En route.
Et Hurricane, sifflotant, lance d'un geste régulier son minerai dans la sluice-box où l'eau court silencieuse.
Elle emporte le gravier et la terre et, comme l'or est dix-huit fois plus lourd que l'eau, ce soir, avec des lames de caoutchouc, il recueillera aux arêtes de bois la paie, prix de son labeur.
Et sa joie est plus grande d'avoir par la fatigue endormi sa pensée que de sentir, dans son sac de peau, sa fortune augmentée de quelques cent dollars.