LA RIVIÈRE EMBALLÉE
Billikins, avec la gravité qu'il apporte à ses moindres gestes, plonge dans l'eau du fleuve les peaux de phoque afin de leur redonner de la souplesse. Puis, comme l'hiver a fait craquer maints endroits, avec le sérieux d'une Jenny il coud, rajuste, coupe, rogne ; son aiguille est un os de morse plus effilé qu'une aiguille d'acier. Ensuite l'Indien graisse avec soin les coutures. Sa besogne achevée, il tend les peaux sur la carcasse du canot.
Il en a gardé deux plus petites qu'il gonfle d'air et accroche de chaque côté du kayak pour le maintenir en équilibre.
Billy a l'orgueil de son embarcation. N'est-elle pas la seule qui arbore une véritable voile, cadeau d'un baleinier.
Pour utiliser sa voile, il a planté un mât. Mât et voile ajoutent à l'instabilité de l'esquif, mais cela cause une telle joie au Cree qu'il serait barbare de le désabuser.
Avec méthode, l'Indien embarque des provisions, des ustensiles de ménage, des couvertures, une winchester, de la farine de maïs. Lui-même ficelle, cloue, attache avec une lente minutie qui désespère Hurricane, lequel voudrait être déjà parti.
On confie les chiens à Ralph Monroe. Hurricane-huskie est seul de la partie. Il va de l'Indien à son maître, le museau levé, la queue bougeuse. D'un bond il est à bord.
— Etes-vous prêt, enfin?
— Vous pouvez.
Et le mineur impatient saute dans le kayak.