Il y a des rames, des gaffes, une pagaie.
Billikins, à l'arrière, gouverne. L'embarcation suit un moment le courant, puis doucement, doucement, elle vire et commence à remonter le fleuve, cependant que les camarades poussent des « Hurrah! » sur la rive.
Peu après avoir quitté Last-Chance, la navigation devient délicate ; le courant est dur ; de plus il emporte des bois flottés qu'il lance à une vitesse folle, comme des béliers.
Hurricane, debout, la gaffe au poing, les évite de la façon qu'un picador évite le taureau. Chaque fois la secousse est forte ; le kayak, grâce à ses flotteurs, ne chavire pas.
Sur les conseils de Billikins, on navigue près du bord, où l'eau est plus sage ; mais la dérive entraîne toujours le canot ; il faut sans cesse le ramener en ligne. Malgré tous les efforts, il est parfois happé par le courant qui l'emporte plusieurs centaines de yards en arrière.
Hurricane et Billy s'obstinent.
Hurricane-chien, apeuré, s'est accroupi dans le fond de l'embarcation, la tête dans ses pattes ; l'oreille seule est mobile, inquiète.
De chaque côté du fleuve il y a une chaussée de basalte, puis des falaises de granit où s'accrochent des lichens et des saxifrages. Plus haut, des blocs de glace défilent, escadre blanche que le soleil fait miroiter. On les écarte avec peine.
Un canot de chêne ou de cèdre aurait été disjoint et englouti depuis longtemps. Les peaux du kayak peuvent recevoir des chocs, à la condition toutefois d'éviter les déchirures, et souvent on effleure des roches tapies sous les eaux. Il faut quitter la pagaie pour l'aiguille et réparer le mal. Graisse et résine ne sont pas épargnées.
Dans une crique formée par un coude du fleuve, on s'arrête. Billikins tire le canot pendant qu'Hurricane prépare le thé et que le chien manifeste sa joie d'être en sûreté par des cabrioles sur l'herbe.