L'offre d'un cocktail au Monte-Carlo ne le tente même pas.
— Les saloons d'à présent? Les mêmes noms oui : l'Exchange, le Monte-Carlo, le Green Tree, le Bank… Mais l'atmosphère, les clients!
« Leurs cocktails? De l'alcool de sciure de bois qui râpe la gorge. Non merci. Savez-vous, garçon, que le waiter, au Green Tree, a un appareil pour fabriquer les cocktails? Un appareil! Misère!… Pourquoi pas aussi un habit à la française et des gants blancs!
« Savez-vous qu'au Savoy, il y a, à l'entrée du dancing, un policeman, oui, mon cher, un policeman au Savoy! Alors quoi? on ne peut plus se cogner quand ça vous plaît, comme il vous plaît! Ça, une existence? Je prends un billet ce soir pour la côte, aller simple, plein tarif et, Dieu me damne! si je remets jamais la semelle de mes souliers sur une piste d'Alaska! Sacré Gouvernement de malheur! »
Hum! Gregory jure le Gouvernement et n'enlève plus sa toque en signe de respect! Décidément, les coutumes s'en vont. Hurricane le lui fait remarquer.
— Que j'ôte mon chapeau à un Gouvernement de canailles, plus souvent. Le Gouvernement en personne serait là — yes, sir, le gouverneur représentant Sa Majesté Britannique, eh! bien, je lui dirais… je lui dirais…
— Vous lui diriez?
— Vous n'êtes qu'une mazette.
Grand Dieu! qu'a-t-on pu faire à Gregory pour le mettre dans un état pareil? Il est d'une rare violence, parle haut, gesticule, heurte de l'épaule les garçons qui ne lui cèdent pas le pas sur le trottoir surélevé, crache avec ostentation lorsque passe un « touriste » ou une dame dont l'air ne lui revient pas.
Les fils du télégraphe et du téléphone se croisent sur les poteaux en croix de Saint-André.