OMBRE ET LUMIÈRE
Hurricane ouvre lentement les yeux, son regard se pose sur tous ces objets qui ne lui sont pas familiers.
Où est-il?
Des souvenirs se juxtaposent. Les rideaux blancs lui rappellent des choses très anciennes, souvenirs d'une enfance isolée. Le père « fait des dollars » que la mère dépense. Le père est à ses affaires, la mère à son club, le gosse à sa nurse. La nursery est son domaine, le fauteuil d'osier dresse ses quatre pieds en l'air, parmi le massacre des animaux de peluche et des poupées en chiffons.
Parfois la maman entre, en coup de vent, harnachée, chapeautée, gantée, bottée, elle serre son bambin à l'étouffer, lui barbouille le museau de poudre et le laisse debout, effaré, cependant qu'elle sort dans un froufrou de jupes, en disant :
— Soyez bien sage. Veillez sur lui, maid.
Le père est là-bas, au fond de la pièce sombre, parmi les hauts casiers et les meubles lourds. L'enfant entre timidement, sa bonne le pousse :
— Allez donc, master.
C'est qu'il est effrayant, Monsieur papa. Il fait la grosse voix au téléphone.
Il a fini. Quel malheur, il a pris un journal financier!