Billikins, lui, n'a pas de pensées, ou, du moins, s'il en a, il ne les laisse point paraître.
Le thermomètre marque cinq au-dessous. Mais le vieux Yukoner qu'est Gregory se méfie de cette remontée, mauvaise messagère.
C'est pourquoi il hâte la course des chiens, course assez facile en somme ; mais les paysages se succèdent sans apporter d'imprévu. Une boule safran roule dans le ciel morne ; elle s'attarde un peu plus longtemps aujourd'hui.
Gregory en profite pour grimper à la pointe d'un roc. A perte de vue, c'est une symphonie blanche et grise que tache d'ocre par endroits le flanc des collines.
L'horizon est barré par la ligne sinueuse des Ogilvie. Les terrains ondulent en vagues successives, qui viennent mourir aux pieds granitiques des monts.
Il faut monter pour descendre encore. Indubitablement, le fleuve est là.
Allons, allons, encore un effort, le but est proche.
Tempest jette un aboiement. Les chiens tirent, les hommes courent derrière eux.
La tempête prévue éclate. C'est un ouragan de vent et de neige, le terrible vent d'est qui souffle du pôle et fait tourbillonner les flocons par paquets.