Les petits n'ont pas songé à s'échapper. Doucement, tout doucement, ils lèchent le museau de leur mère où perlent des gouttelettes de sang.

Un nœud coulant : on les étrangle.

Sur la neige, il y a le pas des hommes victorieux qu'efface le triple sillon laissé par les victimes.


Et Billikins, Indien Cree, chante les fastes de sa tribu.

Il dit les combats soutenus contre le grand ours polaire plein de ruse et de violence, contre le bœuf musqué qui charge les hommes avec la force aveugle d'une avalanche.

Il dit aussi les batailles où le grand-père de son grand-père a vaincu, à l'époque où tous les guerriers Crees étaient libres sur une terre libre.

C'est sur un ton de mélopée triste et lente qu'il commence, mais, peu à peu, sa voix s'anime pour célébrer ceux qui sont mort les armes à la main.

C'est un cri rauque comme un glapissement puis le ton descend et l'hymne continue d'une gravité de plain-chant.

Le Cree aime la Terre de tout son instinct de nomade, la Terre qui appartient aux hommes-au-teint-cuivré de l'Est à l'Ouest, des plaines glacées du septentrion au sud, là-bas, vers la Grande-Rivière-qui-ne-gèle-jamais.