La Grande-Rivière-qui-ne-gèle-jamais a vu le plus bel exploit de sa race. Sur les canots de bouleaux, les guerriers étaient partis. Ils arrivèrent à l'endroit où les eaux bouillonnent et tombent en grondant.

Le chef avait donné l'ordre du retour lorsqu'il aperçut sur la rive du fleuve des guerriers de la tribu des Hotinnonchiendis, les « faiseurs de huttes », que les hommes blancs appellent Iroquois…

Les Hotinnonchiendis qui se croient des « hommes supérieurs à tous les autres hommes » et qui avaient leur terrain de chasse sur les lacs et sur la Grande Rivière.

Les Hotinnonchiendis redoutables non par leur vaillance, mais par leur astuce.

Donc, les guerriers « faiseurs de huttes » étaient sur la rive et se moquaient des Crees qui tournaient le dos aux rapides.

Alors le chef invoqua l'Esprit du Corbeau, père de la race, puis il donna l'ordre à ses hommes de virer de bord.

Le courant prit les frêles embarcations. Les eaux fuyaient vite, vite, vite, une buée immense s'élevait de l'abîme.

La mort est là qui guette et qui attend. Mais mourir n'est rien pour ceux qui ont au cœur la vaillance du loup, l'audace du loup, la volonté du loup.

Et les jeunes hommes entonnent leur chant de guerre et, pressant eux-mêmes leur destin, ils pagaient pour hâter leur désir du sacrifice.

Le gouffre est là. Un rire énorme et méprisant monte qui va fouetter l'âme peureuse de leurs ennemis médusés.