Le monstre baille. Les canots et les hommes sont engloutis dans un grondement de tonnerre.

Jamais nul ne les a revus.

Mais, les soirs d'hiver, quand le cariboo brame dans la forêt, on entend, sous les hautes futaies, résonner le chant de victoire de ceux qui sont morts volontairement pour affirmer leur courage.

Depuis, personne n'a refusé au peuple Cree sa place, la première.

Ni ceux de la rivière Française, ni ceux du lac Simcoe, ni les Amikoués, ni les Outaouais, et les Abnakis, le peuple de l'aurore, ont composé un chant d'allégresse où les petits enfants apprennent, avec la haine de l'ennemi, le mépris de la mort.

Et Billikins appose gravement sa main sur son front, puis sur son cœur, pour affirmer qu'il a conservé la mémoire, comme l'ont gardée tous ceux qui vivent sur le haut Athabasca et sur les bords de la rivière de la Paix, dans les pays d'Omineca et de Cassiar, et les Crees de Saskatchewan, de la rivière Rouge et du Winnipeg.

Crees de la prairie, Crees de la forêt, Crees des marais, Crees des Rocheuses, Pieds Noirs ou Têtes Plates, chasseurs d'élan, de bison, de grizzly ; ou pêcheurs de saumon, Gens de Large ou Gens du Sang rendent hommage au Soleil, père de toute chose, et lui, Billikins, porte la foi dans ses yeux.

De son index maigre, il désigne un point dans l'espace affirmant que le Père est présent malgré la brume tissée autour de ses rayons et que, demain, il viendra indiquer la route des hommes.

Et Gregory Land, maître de poste et coureur des bois, et Hurricane chercheur du « fabuleux métal » écoutent l'âme indienne qui s'exalte et qui croit. La vaillance du peuple Cree est entrée dans leur chair qui, bien nourrie, a repris confiance.

Flossie s'est endormie. Un rêve bienheureux doit étoiler sa nuit, car elle « rit aux anges », pure comme un petit enfant.