Repus, les hommes ont dormi comme des brutes.


Puis la misère est revenue.


Le traîneau gagne, mètre par mètre, sous la poussée molle des chiens. Gregory vient ensuite, les yeux interrogeant la piste qui s'amincit à l'horizon. Ensuite le couple ; puis, trébuchant, titubant, Billikins.

Son pied heurte une racine. Il vacille, hésite et s'abat, la face contre le sol. Il se relève sur les genoux, d'un effort il se redresse. Il fait trois pas et retombe ; un long moment il reste immobile ; avec peine, il est debout ; soixante pas, dix chutes.

Maintenant il va, les bras étendus comme pour écarter un obstacle ou un fantôme invisible, la mort, peut-être, qui rôde et qui cherche une proie.

D'obscures pensées naissent dans son cerveau ; c'est une hallucination où se déroulent des scènes d'autrefois, du temps où le peuple Cree était libre, où l'on mourait en combattant l'homme ou le fauve ; le Grand Esprit nous accueillait alors. Que doit-il faire de ceux qui tombent sur la piste glacée?

Rien, sans doute. Il ne doit pas même les voir ; la neige les recouvre et les yeux du Grand Esprit ne voient pas sous la neige.