Une flamme se dresse, haute, immense : c'est le foyer, la vie du camp, les tentes en peau de bison, les hommes ont revêtu leurs habits de fête, ils ont enduit leur chevelure avec de l'argile rouge et planté dedans des plumes d'aigles ; les verroteries, pendues au long manteau en cuir de moose, s'entre-choquent et tintent dans les tourbillons de la danse ; les enfants, emmaillotés dans leurs boîtes d'écorce, de leurs yeux clairs sourient à la flamme, cependant que les femmes tressent leur double natte.

Mais ce feu est en lui, il mord sa chair… Il va crier sous la douleur. Non, les hommes blancs sont là, ils ne verront pas sa souffrance. Ses jarrets fléchissent, il s'écroule comme une chose molle, son visage creuse la neige.

L'instinct de la conservation le ranime. Il soulève son buste et voit, là-bas, le traîneau et les hommes qui font une tache sombre dans la sombre nuit qui descend.


Chaque bête qui meurt augmente la détresse et diminue la chance du salut.

Au matin, lorsque Gregory siffle, à son appel les chiens surgissent de leur trou de neige. Il compte avec angoisse chaque bête qui sort, hirsute, mal sur pattes, oreilles collées à la nuque, œil vitreux.

On les attelle sans précipitation et l'on part pour une nouvelle journée qui, hélas! sera pareille à celle d'hier. Même monotonie du paysage et de souffrance.

— On ira tant que les chiens iront, après…

Et le postier laisse sa phrase en suspend et la termine par un geste terriblement éloquent.

Après… c'est le sort de Billikins — Billikins qui a disparu et qui est resté quelque part sur la piste.