Ils étaient trente-deux, le 8 juillet 1879, lorsqu'ils partirent de San-Francisco, suivis des acclamations de la foule et salués par les vingt et un coups de canon tirés de Fort-Point.

Deux seulement devaient revoir leur pays : Nindemann et Noros.

Nindemann et Noros qui, sur l'ordre du capitaine De Long, partirent afin d'aller chercher du secours, sans vivres, armés d'une seule carabine et munis de quarante cartouches…

Leur épopée se déroule devant les yeux hallucinés d'Hurricane, dont les lèvres récitent à mi-voix avec la ferveur d'une prière :

« Ils auraient dû mourir, ils ne moururent point. »

Ils marchèrent au milieu des tempêtes dans le tourbillon des neiges, vent debout, s'enfonçant dans le fleuve quand la glace craquait, rampant sur les berges, dormant des nuits affreuses en des tanières qu'ils creusaient de leurs mains… Ils allaient.

Ils buvaient du « thé » fait de feuilles de saule ; ils mangeaient des semelles de bottes bouillies d'abord, grillées ensuite, des os de cariboos qu'ils faisaient charbonner sur la braise, du poisson pourri qui s'émiettait sous les doigts et, lanière par lanière, un grand morceau de pantalon en peau de phoque.

Noros cracha le sang deux fois ; tous deux eurent la dysenterie ; enfin, au bout d'une dizaine de jours, ils atteignirent une hutte où des Esquimaux campaient.

Hélas! nul ne les comprit. Ils ne purent rien pour le capitaine.

Le capitaine était mort.